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Affaire d’abus sexuels à Nantes : des dizaines de signalements après le suicide d’une victime
Affaire d’abus sexuels à Nantes : des dizaines de signalements après le suicide d’une victime
Le parquet de Nantes fait face à une augmentation significative des signalements concernant des violences sexuelles présumées dans plusieurs établissements catholiques de la région nantaise. Cette affaire a émergé après le suicide, survenu en 2024, d’un homme d’une quarantaine d’années qui avait indiqué avoir été victime d’abus au collège Saint-Stanislas.
Palais de justice – enquêtes judiciaires
Des procédures judiciaires en cours
Le procureur de la République de Nantes, Antoine Leroy, a annoncé l’ouverture prochaine d’enquêtes pénales. Celles-ci concernent neuf personnes mises en cause, dont plusieurs membres du clergé. Certaines d’entre elles sont aujourd’hui décédées, ce qui pourrait limiter ou empêcher les poursuites judiciaires.
Une hausse notable des signalements
À la suite d’un appel à témoignages lancé par le diocèse il y a environ six semaines, le parquet a enregistré 55 signalements provenant de différentes régions françaises.
Parmi eux :
36 émanent de personnes se présentant comme victimes directes,
19 proviennent de tiers.
Établissements concernés et période des faits
Sur l’ensemble des signalements :
31 concernent le collège Saint-Stanislas (15 victimes directes et 16 témoignages indirects),
les autres visent divers établissements catholiques de Nantes et de communes voisines, notamment à Saint-Nazaire.
Les faits rapportés concernent exclusivement des violences à caractère sexuel, dont la qualification pénale — agressions sexuelles ou viols — devra être établie par les enquêtes. La majorité des faits évoqués se situerait entre les années 1950 et 1980.
Une parole révélée progressivement
Dès septembre, les autorités diocésaines et l’enseignement catholique avaient fait état de 87 signalements, dont 63 liés à Saint-Stanislas. Cette chronologie témoigne d’un processus de révélation progressif, favorisé par les appels à témoignages et la médiatisation de l’affaire.
Constitution d’un collectif de victimes
Fin septembre, plusieurs personnes se présentant comme victimes ont décidé de se regrouper en collectif. Emmanuel Cocaul, 60 ans, ancien élève de l’établissement entre 1976 et 1984, explique que ce regroupement a permis aux anciens élèves d’échanger leurs expériences et de mieux comprendre ce qu’ils avaient vécu.
Dès 2020, il avait témoigné auprès de la CIASE, évoquant des faits impliquant un aumônier aujourd’hui décédé.
Des modes d’emprise décrits par les témoins
Selon plusieurs témoignages, les faits se seraient inscrits dans des mécanismes d’emprise psychologique. Emmanuel Cocaul souligne que, contrairement à certaines affaires médiatisées, les violences rapportées ne prenaient pas toujours la forme d’agressions physiques immédiates, mais reposaient sur des stratégies plus discrètes.
Un autre membre du collectif, s’exprimant anonymement, évoque le ciblage d’élèves perçus comme isolés ou vulnérables. Ces éléments relèvent de récits individuels qui devront être examinés par la justice.
Enjeux et suites de l’affaire
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de libération de la parole autour des abus sexuels commis dans des institutions religieuses en France. Les enquêtes en cours devront déterminer les responsabilités pénales individuelles, et, le cas échéant, examiner d’éventuels manquements institutionnels, dans le respect des principes de l’État de droit.
La présence de personnes décédées parmi les mis en cause constitue un obstacle juridique important, mais n’empêche pas l’établissement des faits ni la reconnaissance du préjudice des victimes.
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Barbara Moullan pour ILETAIT1FOI.FR
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