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L’Index Librorum Prohibitorum : quand l’Église interdisait les livres
L'Index Librorum Prohibitorum : quand l'Église interdisait les livres
L'actualité récente concernant la vente d'ouvrages racistes et négationnistes sur les plateformes de grandes enseignes culturelles rappelle une autre époque où des listes de livres interdits faisaient loi : celle de l'Index Librorum Prohibitorum de l'Église catholique.
Cet article historique fait écho à l'actualité récente concernant la vente d'ouvrages interdits par la loi française sur les plateformes en ligne, sujet qui a conduit le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez à saisir la justice en décembre 2024.
Livres anciens et manuscrits évoquant l’Index Librorum Prohibitorum et la censure exercée par l’Église catholique. Libre de droits. Pixabay.
Une censure institutionnalisée
L'Index des livres interdits, créé officiellement lors du Concile de Trente entre 1545 et 1563, était une liste d'ouvrages que les catholiques n'avaient pas le droit de lire sous peine d'excommunication. Le premier Index romain fut publié en 1559 sous le pape Paul IV, comprenant plus de mille interdictions.
Cette pratique de censure visait initialement à contrecarrer la diffusion des idées de la Réforme protestante. Avant Rome, d'autres institutions avaient déjà publié leurs propres listes : la Faculté de Théologie de l'Université de Paris en 1544, puis les universités de Louvain ainsi que les Inquisitions de Venise, du Portugal et de l'Espagne.
Des milliers de titres censurés
En 1948, la dernière édition de l'Index contenait quatre mille titres interdits pour des motifs variés : hérésie, immoralité, licence sexuelle, théories politiques subversives. La portée de cette censure dépassait largement les questions théologiques. Parmi les auteurs interdits figuraient les grands noms de la philosophie : Montaigne, Descartes, Rousseau, Voltaire, Diderot, Montesquieu, ainsi que des philosophes croyants comme Spinoza, Kant, Berkeley ou Malebranche.
L'Église romaine interdisait à ses fidèles de lire les plus grands noms de la littérature française du XIXe siècle : Lamartine, Victor Hugo, Balzac, George Sand, Dumas père et fils, Eugène Sue, Flaubert, Stendhal et Zola. Des chefs-d'œuvre comme Notre-Dame de Paris, Les Misérables, Madame Bovary ou Le Rouge et le Noir étaient proscrits. Des auteurs modernes furent également censurés : André Gide en 1952 (opera omnia - l'ensemble de ses œuvres), Émile Zola en 1898, Jean-Paul Sartre, ainsi que des œuvres moins attendues comme le dictionnaire de Larousse.
La mise à l'Index la plus célèbre demeure celle des écrits de Copernic sur l'héliocentrisme le 5 mars 1616, suivie de la condamnation de Galilée. Ces ouvrages ne furent retirés de l'Index que partiellement en 1757, et définitivement en 1835 seulement. Seules certaines œuvres d'auteurs spécifiques étaient parfois interdites, comme le Paradis perdu de John Milton ou les Pensées de Blaise Pascal.
La dernière mise à l'Index eut lieu en 1961 sous Jean XXIII avec La Vie de Jésus de l'abbé Jean Steinmann.
Le fonctionnement de la censure
En 1917, le pape Benoît XV supprima la congrégation de l'Index et confia la mise à jour de la liste à la congrégation du Saint-Office. Les auteurs pouvaient parfois défendre leurs ouvrages devant la congrégation ou publier des éditions corrigées pour éviter la condamnation.
Deux formes principales de condamnation existaient : l'opera omnia (interdiction de toutes les œuvres d'un auteur) ou la condamnation d'ouvrages particuliers.
La fin de l'Index
L'Index resta en vigueur jusqu'en 1966, date à laquelle il fut suspendu, mais les catholiques étaient toujours encouragés à respecter ses principes de base. Un décret précisa alors que l'Index gardait sa valeur morale mais n'avait plus force de loi obligatoire.
Si l'Index Librorum Prohibitorum appartient désormais à l'histoire, la question de la censure des livres reste d'actualité. La différence fondamentale réside dans la nature des ouvrages concernés : l'Index visait des œuvres jugées contraires à la doctrine catholique ou à la morale religieuse, tandis que les interdictions contemporaines concernent des textes qui appellent à la haine, au racisme ou nient des crimes contre l'humanité.
L'actualité récente montre que la vigilance reste nécessaire pour empêcher la diffusion d'ouvrages qui contreviennent aux valeurs démocratiques et aux droits humains, tout en préservant la liberté d'expression et le débat intellectuel. Un équilibre délicat qui continue de faire débat dans nos sociétés modernes.
Conclusion
Si l'Index Librorum Prohibitorum appartient désormais à l'histoire, la question de la censure des livres reste d'actualité. La différence fondamentale réside dans la nature des ouvrages concernés : l'Index visait des œuvres jugées contraires à la doctrine catholique ou à la morale religieuse, tandis que les interdictions contemporaines concernent des textes qui appellent à la haine, au racisme ou nient des crimes contre l'humanité. L'actualité récente montre que la vigilance reste nécessaire pour empêcher la diffusion d'ouvrages qui contreviennent aux valeurs démocratiques et aux droits humains, tout en préservant la liberté d'expression et le débat intellectuel. Un équilibre délicat qui continue de faire débat dans nos sociétés modernes.
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Barbara Moullan pour ILETAIT1FOI.FR
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