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Marcel Callo figure de la résistance face au STO

Marcel Callo figure de la résistance face au STO

16 février 1943. Il y a 83 ans jour pour jour, le gouvernement de Vichy promulguait la loi instituant le Service du Travail Obligatoire (STO). Des centaines de milliers de jeunes Français allaient être contraints de partir travailler en Allemagne nazie. Parmi eux, un jeune ouvrier breton de 23 ans : Marcel Callo. Son histoire mérite d'être racontée, car elle nous montre comment la foi chrétienne peut devenir une forme de résistance face à la déshumanisation.

Marcel Callo figure de la résistance face au ST

Marcel Callo figure de la résistance face au STO

Un jeune homme ordinaire dans une époque extraordinaire


Marcel Callo naît en 1921 à Rennes, dans une famille ouvrière modeste et profondément catholique. Apprenti typographe, il s'engage très jeune dans la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC), un mouvement qui cherche à vivre l'Évangile au cœur du monde du travail. Marcel n'a rien d'un héros de roman : c'est un jeune homme joyeux, amoureux de sa fiancée Marguerite, passionné de vélo et de théâtre. Sa foi n'est pas une fuite du monde, mais un engagement dans le quotidien. Quand la guerre éclate, Marcel a 18 ans. Comme beaucoup de jeunes de son âge, il voit son quotidien basculer. Mais c'est en 1943 que tout change radicalement.


Le STO : partir travailler pour l'ennemi


Face aux besoins croissants de l'économie de guerre allemande, le régime nazi exige de la main-d'œuvre française. Le 16 février 1943, Pierre Laval, chef du gouvernement de Vichy, instaure le STO : tous les jeunes hommes nés entre 1920 et 1922 doivent partir travailler en Allemagne. Ce n'est pas une réquisition allemande, mais bien une loi française. Refuser, c'est entrer dans la clandestinité, mettre sa famille en danger.

Marcel reçoit sa convocation en mars 1943. Il pourrait fuir, se cacher. Mais il fait un choix qui peut nous sembler incompréhensible aujourd'hui : il part. Non par adhésion au régime nazi, mais par souci de ne pas mettre les siens en danger, et surtout avec la conviction qu'il peut être utile là-bas, auprès des autres requis.


En Allemagne : maintenir l'humanité dans l'inhumain


Arrivé en Thuringe, Marcel découvre les usines allemandes, le travail forcé, la surveillance constante. Mais il ne se résigne pas. Il fait ce que personne n'attend de lui : il recrée une fraternité là où le régime nazi veut isoler les hommes les uns des autres.

Il organise des réunions de la JOC clandestines, célèbre la messe en cachette, distribue des tracts religieux. Il écoute, console, maintient vivante cette part d'humanité que le système concentrationnaire cherche à détruire. Pour Marcel, la foi n'est pas une consolation privée : c'est une force qui oblige à ne pas abandonner l'autre, à refuser que l'homme soit réduit à une simple force de travail.

Dans ses lettres à Marguerite et à sa famille, il écrit : "Je veux rester debout." Debout, c'est-à-dire digne, fraternel, libre intérieurement malgré les chaînes extérieures.


L'arrestation : quand la foi dérange


Cette résistance spirituelle dérange. En avril 1944, la Gestapo arrête Marcel. Le motif ? "Activités religieuses excessives." Aux yeux du régime nazi, maintenir une vie spirituelle collective, c'est déjà un acte de rébellion. C'est reconnaître qu'il existe une autorité supérieure au Führer, une dignité humaine que nul État ne peut supprimer. Marcel est déporté au camp de Gotha, puis transféré à Mauthausen en Autriche, l'un des camps les plus durs du système concentrationnaire nazi. Affaibli, malade, il meurt le 19 mars 1945, quelques semaines avant la libération du camp. Il avait 23 ans.


Une sainteté qui interroge


L'Église catholique a reconnu en Marcel Callo un martyr. Il a été béatifié en 1987 par Jean-Paul II. Mais cette reconnaissance religieuse ne doit pas nous faire oublier la dimension profondément humaine de son engagement.

Marcel Callo nous montre qu'il existe une forme de résistance qui ne passe ni par les armes ni par la clandestinité spectaculaire : celle de la conscience qui refuse de plier, de la solidarité qui persiste malgré tout, de la foi qui affirme la dignité inaliénable de chaque personne.

Dans un monde où l'on opposait collaboration et résistance armée, Marcel Callo incarne une troisième voie : celle de la résistance intérieure, nourrie par une conviction religieuse qui devient engagement fraternel. Il ne combat pas le nazisme par la violence, mais en maintenant vivant ce que le nazisme veut détruire : la fraternité, la liberté de conscience, la transcendance.


Pourquoi se souvenir aujourd'hui ?


Quatre-vingt-trois ans après l'instauration du STO, se souvenir de Marcel Callo, c'est se rappeler que la résistance commence parfois par des gestes simples : écouter quelqu'un, partager sa foi, refuser d'abandonner l'autre à sa solitude. C'est comprendre que la spiritualité n'est pas une fuite, mais peut devenir une force de résistance face à tout système qui cherche à déshumaniser.

Pour nous qui cherchons à comprendre le rôle des religions face à l'oppression, Marcel Callo est un témoin précieux. Il nous montre que la foi, lorsqu'elle est vécue authentiquement, ne peut jamais s'accommoder de l'injustice. Elle oblige à rester debout, même quand tout invite à se courber.


Je veux rester debout.


Cette phrase de Marcel Callo résonne encore aujourd'hui comme un appel à ne jamais renoncer à notre humanité, quelle que soit la situation. C'est peut-être là le véritable héritage de ce jeune ouvrier breton : nous rappeler que la dignité humaine est sacrée, et qu'aucune loi, aucun pouvoir ne peut l'abolir.


Marcel Callo (1921-1945), requis du STO, résistant spirituel, martyr. Béatifié le 4 octobre 1987.




Barbara Moullan pour ILETAIT1FOI.FR

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